
L'une des remarques que ma mère me faisait le plus était la suivante: "Dis moi, parle, communique". Les hommes par contre adoraient que je me taise et je m'y conformais par envie de plaire. Devenir cette poupée inerte dont les sales mots ne creuseront pas ces rides hideuses que les grands discours font apparaître aux jolies jeunes filles, qui le resteront éternellement si elles se suicident à 27 ans.
Je dois beaucoup à ma mère. Maintenant que je n'ai plus envie de mourir parce que j'ai choisi le lesbianisme et la dicidence radicale; c'est à elle que je veux plaire. Il y a toujours cette envie. Ce désir d'être cet.te enfant parfait.e. Mon père m'a tué, ça c'est clair. Mais ma mère veut vraiment que je vive. Car parler, s'exprimer aux autres, c'est vivre en eux. Mon existence est trop lourde pour que je la vive seul.e. Alors maintenant j'essaye vraiment de communiquer. C'est compliqué, je vous le cache pas. Je pense même qu'on galère toustes, à des degrés différents, parce que je pense pas qu'on ait toustes envie de crever après quelques mots en peu maladroits.
Peut-être ai-je envie de trop plaire, j'ai beaucoup lu ça. Oui, c'est sûr, j'ai envie que l'autre soi bien avec moi. Pas toustes parce que je pense que y a des gigas nul.le.s et que si iels sont pas dérangé.e.s par ma présence c'est que j'ai pas encore bien appris à faire comprendre ce qui me déplait. C'est très très dur ça. Dire ce qui me dérange. "Là tu me déranges" Alors que c'est la base de la révolution. Déranger l'ordre établi en le dénonçant. Mais je reste là, béat.e, en espérant que l'autre comprenne qu'iel est un cliché de conformisme dont j'énumère les caractéristiques avec les autres voix dans ma tête. On en discute, on s'engueule, on débat. Je communique beaucoup avec tout ce beau monde qui m'est apparu petit à petit. Je ne sais pas depuis quand. Peut-être à partir du moment où une persone m'a fait douter de mes propres douleurs. Peut-être quand on arrêtait pas de me dire ce que je savais déjà. Alors tu te créés un univers alternatif car tout le monde te semble con; c'est logique quand on y pense juste un peu.
L'organisation d'une journée se distingue en 2 grandes parties dorénavant: digitale/tangible.
Les deux cohabitent et se ressemblent.
Je peux choisir d'interagir avec les autres, me taire. J'y vis les mêmes peur: d'être vu.e, reconnu.e, d'être nul.le, pas assez bien, trop intense, ...
Les mêmes schémas finissent par s'y répéter.
Je termine par aller vers celleux qui me ressemblent, me comprenent; je me connecte. Nous avons maintenant 2 vies qui se chevauchent. Ce n'est plus étrange, ça fait partie de nous. On tend à comprendre l'imatérialité de nos existences. Les émotions, les sentiments, nos âmes, nos avatars, notre superficialité.
Il ne se passe pas un jour sans que je me dise à quel point je hais les hommes. Chaque pas dans la rue, chaque pattern relationnel, chaque moyen de m'aimer un peu mieux, chaque rendez-vous chez la psy, chaque amie que je vois pleurer. Il était des moments où même entendre la respiration d'un homme, savoir leur existence, me rendait la vie impossible au point de vouloir en finir tellement la compréhension et la culpabilité de mon incapicité d'agir sur la globalité de nos souffrances collectives m'écrasait. Cette boule dans la gorge que chaque geste d'emprise sur mon corps d'enfant, de fille, d'adolescente a créé me brule de l'intérieur jusqu'à descendre dans le bas de mon ventre créant ces abscès de rage.
Cette haine je l'aime. Elle m'a sauvé. La misandrie représente pour moi une de mes plus belles victoires. Elle m'a appris à fuir, à dire difficilement non, à hurler au bon moment, ne pas rester tétaniser. Ne plus avoir aucun homme dans ma vie. Ne pas les regarder, leur répondre, comprendre qu'en fait ce sont des merdes, rien d'intéressant. Ce que tu dis mon gars, je le savais à 12ans. Tourner la tête vers la meuf à coté de toi et savoir qu'elle a sûrement bien mieux à dire mais que tu prends tout le temps de parole. Elle va dire une phrase de temps en temps que je vais m'efforcer de retenir car elles vont me soigner de toute la violence que tu dégages. Tout ça, je le pense au quotidien.
Néanmoins. Pour les adelphes trans ma misandrie je l'ai nuancée. Je l'ai même ravalée.
Néanmoins. Pour la futur génération, les petits gars que je croise et qui me donne de l'espoir. Je l'ai ravalée.
Je ne suis pas leur violence. Et j'apprends tous les jours à faire avec eux plutôt que sans eux, à nouveau.
Parce que j'ai pas le choix si je fais le geste d'aller vers l'avenir. Cette haine me tuera si je l'alimente encore.